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Culture, pouvoir et relations internationales. L’Arménie.

Alain Navarra-Navassartian



A l’heure ou 120 000 individus arméniens du Haut-Karabagh (Artsakh) sont abandonnés à leur sort, les appels de diverses personnalités, d’ONG ou de d’hommes et de femmes politiques ne semblent pas avoir de réel impact sur les décisions concernant la survie de ces femmes, enfants et hommes coupés du monde par un blocus illégal et inhumain de l’Azerbaïdjan. Les appels se multiplient, soulignant la proximité culturelle des populations arméniennes avec l’Occident dont on « attend un geste ». A grand coup d’images ou de slogans appelant à la conscience humanitaire des dirigeants occidentaux. La rencontre de la culture arménienne avec la culture européenne semble être lettre morte, mais le phénomène est intéressant puisque l’on demande à la culture de convaincre du bon droit de ces populations à leur existence sur ce territoire. La volonté de démontrer la nature réciproque de relations culturelles est certes un outil important, mais il est utilisé de façon chaotique, tardive et de manière désordonnée par l’ensemble des communautés arméniennes, voire par l’Etat arménien, lui-même.


La culture est devenue un enjeu essentiel, objet de prédilection des pouvoirs, elle est pourtant un objet aux contours flous. Terme polysémique, la culture se verra définie par E. Tylor comme : « une totalité complexe qui comprend les connaissances, les croyances, les arts, la loi, la morale, les coutumes et tout autre capacité acquise par l’homme en tant que membre d’une société ».

Si la culture est une sorte de missile idéologique pour la Turquie ou l’Azerbaïdjan, qu’en est -il de son utilisation par l’Etat arménien ou les diasporas arméniennes ?


ACTIONS CULTURELLES, DIPLOMATIE CULTURELLE ET RAYONNEMENT CULTUREL


L’utilisation de la culture comme outil de pouvoir n’est plus à démontrer, mais il apparaît que le développement des stratégies culturelles fait défaut à l’ensemble des acteurs institutionnels arméniens (État, ONG, associations diasporiques, etc.). L’hégémonie symbolique compte autant dans la balance des pouvoirs que les déterminants matériels classiques (démographie, armée, économie, etc.). Outil de visibilité et de prestige l’enjeu culturel s’est imposé comme un vecteur d’influence sur la scène internationale. Les stratégies culturelles sont de plus en plus ciblées pour soutenir leur impact politique. La culture doit donc séduire, mais aussi influencer des idées et des savoirs dans la perspective de rayonnement mais aussi d’attractivité. Il y a bien longtemps que la culture s’immisce dans la formulation de la politique étrangère (Gerbault 2008, Bellanger 1994).


La richesse du paysage culturel, la faculté de renouveler les stéréotypes et les représentations que l’étranger a d’une identité collective qui se réfère à un ensemble de narrations qui décrive la Nation sont des enjeux cruciaux. Tout cela s’inscrivant dans une stratégie d’attractivité tant pour les individus, les entreprises ou les opinions publiques (Tessler 2010).


Aussi doit-on poser l’actualisation des déclinaisons des divers modèles culturels arméniens selon un ensemble de critères contemporains. L’identité culturelle ne peut plus se confondre avec des cristallisations immuables, tout comme l’identité, il ne s’agit pas « d’une totalité continue » stable et simplement transmissible. C’est un phénomène dynamique qui dépend grandement de la créativité des différents acteurs et de leur rencontre avec un ancrage historique. Un ensemble de processus complexes et singuliers par lesquels l’acteur culturel arménien donne un sens à son « être Arménien ». Le renouvellement ne doit pas effrayer ou se vivre en termes de perte ou d’oubli.


Reconsidérer de nouveaux acteurs, partenaires ou du moins, certains rôles est essentiel à la lumière de la nouvelle donne qui frappe le monde arménien. Il ne s’agit pas d’ériger l’altérité en étrangeté. Défendre la musique de Komitas, faire connaître les manuscrits arméniens est une évidence, tout comme, l’apport de ces objets culturels à la culture mondiale, mais dans la situation particulière que traverse le monde arménien, il s’agit de saisir comment l’identité culturelle doit se penser à partir des ressources mobilisables dans ce temps précis et dans la contemporanéité pour sa construction et des stratégies à utiliser pour sa diffusion. Sortir des représentations figées ou des habitus culturels réifiés, s’adapter aux exigences situationnelles tout comme aux contraintes socio-politiques actuelles est un enjeu de taille pour ne pas y perdre son âme tout en utilisant et comprenant le rôle de la culture dans le jeu géopolitique. La Turquie comme l’Azerbaïdjan en ont saisi l’importance dans un moment ou la géo-culture a pris un essor inédit. L’information et la culture se présentent comme les nouvelles sources d’influence et de légitimité, la capacité à produire des objets culturels, mais aussi la capacité à produire de l’information autour d’eux devient une nouvelle norme d’évaluation du pouvoir. Les institutions arméniennes ou les associations diasporiques sont loin d’en avoir compris l’enjeu (absence de diversification des canaux d’information et de communication, contenus à destination des opinions publiques, etc.). La diplomatie du public est encore méconnue et on s’étonne que l’identité vécue soit si différente de l’identité assignée par les autres.


NARRATIF ARMÉNIEN


La communication narrative est une mise en avant du récit dans ses divers usages, c’est un outil de gestion et de construction identitaire. Les groupes arméniens utilisent beaucoup les figures exemplaires ou les récits testimoniaux et il y aura là, un parallèle à faire avec les mythes et leur fonction. Ces récits servent à légitimer des messages et des actions. La méfiance avec laquelle est par contre utilisée d’autres figures tutélaires (Monte Melkonian) est un indicateur des marqueurs dans le discours arménien, dans le format et le genre qui permet d’identifier ce discours, mais aussi l’enfermer dans un périmètre narratif précis et de plus en plus restreint : l’humanitaire, le mémoriel, l’absence du politique ou la demande d’attention. Tout cela crée un rapport avec le public, une sorte de grille de lecture convenue de la culture arménienne. On demande à des Etats de « nous venir en aide » et aux publics « d’avoir du cœur ». La cause arménienne ne faisant plus partie que d’un vaste marché caritatif. Industrie de production et redistribution de dons impliquant des officines de démarchage, des donateurs et des gestionnaires de la manne caritative. La cause arménienne est enfermée dans l’ordre humanitaire avec l’assentiment d’une grande partie de la population diasporique. Mais le plus incroyable est que la victime arménienne est dévalorisée, dépouillée, exclue du conflit, une abstraction gênante. Le conflit des 44 jours l’a démontré tout comme le blocus qui prive 120 000 individus arméniens de moyens de survie. Les victimes arméniennes ne sont plus qu’une bande de « désespérés » hors du champ politique.


La culture, si elle permet à des régimes autoritaires de s’acheter une image convenable dans les instances internationales doit permettre à des peuples, comme les Arméniens, de sortir de l’injonction victimaire et de saisir comment la culture permet d’obtenir une certaine puissance à un moindre coût et contribue à un droit à la parole plus fort usant du capital de réputation que procurent certains objets culturels. Si la culture a un effet endogène (elle soude le groupe) ,elle a aussi un effet exogène (elle détermine les sentiments des groupes extérieurs). Il faut sortir la cause arménienne du marché de « l’humanitarisation » qui en modifie les structures de pensée et d’actions. Tout marché a des impératifs, notamment celui de la promotion. Donc on a assisté durant la guerre des 44 jours et le blocus qui se poursuit, à une accumulation d’images tragiques et de tragédies gérées de façon plus ou moins rationnelle faisant émerger l’image de la victime résiliente. On en oublierait presque que dans les communautés traditionnelles arméniennes, il y avait une prétention et une volonté à gérer sa destinée, y compris les armes à la main. Les victimes ne vivifient en rien les communautés politiques défaillantes, sinon les faire plonger dans un tiers ordre humanitaire et de déployer la cause arménienne, essentiellement sur le marché caritatif qui privilégie le cœur sur la raison, mais surtout le cœur sur le droit de ce peuple. D’autant plus que les victimes arméniennes sont dévalorisées, voire exclue du conflit. Elles ne sont qu’une bande de « désespérés » hors du champ politique.


Quelle place, donc, pour cette population arménienne du Haut-Karabagh (Artsakh) ? Si l’on parle autant de son héritage culturel, n’est-ce pas pour mieux en ignorer les droits fondamentaux ? On espère que s’instaure un « régime de tolérance » de la part du gouvernement azerbaïdjanais en oubliant la crise de l’inclusion sociale et politique de ce groupe qui depuis des décennies est traité comme un intrus, un ennemi et dénigré en tant que tel. Les effets discriminatoires d’une telle politique se sont cristallisés dans les pogroms de Soumgaït (février 1988) et de Bakou (janvier 1990) et la destruction du cimetière de khatchkars de Djougha (Nakhichevan) qui s’étend de 1998 à 2005.


CULTURE ET UNIVERSALISME : UN MYTHE ?


L’universel semble aujourd’hui un mythe sans réelle objectivité, mais que l’on impose comme une vérité objective, associée au terme de progrès. Ils sont devenus des maîtres mots pour la construction de la paix dans la région. Faudrait-il déjà préciser quel type de paix on propose à la population arménienne du Haut-Karabagh (Artsakh). Est-ce vraiment celle qui fait régner le droit des peuples à l’autodétermination ? Ici la paix semble s’acheter pour la défense de l’universel et surement pas pour la défense de particularités qui viennent déranger cet ordre. On refuse la guerre, mais dans le même temps on en accorde le droit à certains régimes pour la défense de l’identité que l’on refuse à d’autres. Les Arméniens du Haut-Karabagh ont eu la prétention de régler leur exclusion du système dominant azerbaïdjanais par le politique et pas seulement par la culture. On leur rappelle que le droit international a déjà remplacé le politique, qu’il n’y a plus de place pour le « contexte » ni pour « l’arbitraire des situations » qu’il y a bien un ordre universel imposé par l’Occident et que l’on est prié d’y croire au mieux d’y souscrire puisque son terreau de prédilection est les droits de l’homme. Les éthiques particulières sont bannies, l’ennemi commun varie au gré des intérêts.


Culture et realpolitik deviennent indissociables, la culture permet à des régimes autoritaires de s’acheter une image convenable dans les instances internationales et deviennent de parfaits entrepreneurs culturels. La Turquie, l’Azerbaïdjan ou la Hongrie en sont les parfaits exemples. Les politiques culturelles se tournent vers la construction nationale depuis bien longtemps ; si la libéralisation de l’économie et la mondialisation des échanges a ouvert la voie aux fondations philanthropiques en faveur de la création artistique, le discours sur la culture reste le miroir identitaire de la nation, façonné par les codes sociaux et les conventions du moment. Orban le déclarait en 2018 : « Nous devons défendre notre identité et notre souveraineté culturelle dans le tourbillon de la guerre culturelle européenne ». S’il faut se réjouir du rôle de la culture, il faut pourtant y mettre un bémol ; il faut savoir utiliser les nouveaux modes de fonctionnement du jeu géoculturel. Un système culturel se définit par un mode de communication, c’est-à-dire, le dispositif intellectuel qui est mis en œuvre pour produire, valider, et transmettre les connaissances et les cadres normatifs de l’action.


L’ORDRE CULTUREL ARMÉNIEN


L’ordre culturel arménien ne faillit pas à la règle, le pouvoir s’y exerce et induit le sens de la communication culturelle, mais savons-nous interroger nos pratiques culturelles ? En pratiquer l’archéologie ? Préférons-nous adhérer à cette vision de la culture : « quelqu’un qui parle confusément à d’autres qui ne comprennent que ce qu’ils veulent bien entendre à propos d’autres qui ne se manifestent que par symptômes » ?


La culture semble être le dernier instrument de défense autorisé aux Arméniens, sachons l’utiliser au mieux.


Comment un pays et dans le cas arménien des diasporas peuvent-ils développer un pouvoir d’attraction culturelle s’ils ne sont pas une figure de menacer ou utiliser la culture pour convaincre du bon droit ?


L’Arménie a perdu une guerre, mais l’issue de cette guerre repose aussi dans les mains des vaincus, à la condition de sa métamorphose civile, à condition que l’on retourne la dépossession et que l’on sorte de l’exemplarité qui nous rive à notre condition de vaincu. La culture est un outil important de ce processus.


La gouvernance culturelle est à revoir tout autant dans le pays que dans les diasporas.


Il est important, par exemple, d’avoir une idée plus précise des individus, des groupes ou des institutions qui peuvent jouer le rôle d’agents culturels, à savoir, ceux qui mobilisent ou coordonnent les ressources qui visent à l’accompagnement des artistes, à la création de nouveaux réseaux, ceux qui appuient les industries culturelles et créatives tout comme ceux qui œuvrent à la promotion des savoirs et échanges. S’interroger sur les nouveaux acteurs avec lesquels interagir devient une nécessité, les diasporas sont en ce sens de bons agents culturels potentiels, mais il faut des pôles d’expertise et de consultation et un véritable réseau qui saura créer ou consolider les relations avec les institutions internationales et les publics étrangers. La déclinaison de plusieurs modèles selon un ensemble de critères contemporains est nécessaire tout comme l’analyse précise du champ d’actions et d’interventions avec les différents acteurs publics et privés. L’Arménie se targue, par exemple, de la performance du numérique dans le pays et cela offre de vastes possibilités dans le champ culturel, notamment, la production de contenus artistiques en temps réel et qui permet des partenariats novateurs. On ne peut ignorer une nouvelle géopolitique de la culture sous peine de voir la production arménienne être enfermée dans une « kermesse folklorique » pour le plaisir de publics friands de world culture. Situer l’Arménie et les diasporas sur la nouvelle cartographie des échanges culturels est une urgence. Penser la culture ou faire de la culture c’est aussi faire de la politique, au bon sens du terme, la prise en compte des enjeux de pouvoir et la construction d’une communauté de destin.


Quelle culture veux-t-on montrer aux autres pour se faire connaître ou reconnaître ? « Il n’y a finalement rien de plus international que la construction d’une identité nationale » (Anne-Marie Thiesse). L’écriture de l’histoire, c’est aussi l’histoire des choix culturels montrés au monde. De nouveaux acteurs pour une nouvelle géopolitique de la culture qui sauront utiliser les moyens d’influence moderne dans un monde de plus en plus multipolaire ou les centres de pouvoir sont en mutation laissant davantage de place aux cultures émergentes.


La culture est un outil de pouvoir et de persuasion, c’est un enjeu que le gouvernement azerbaïdjanais a bien compris.


CULTURE ET MULTICULTURALISME


Le discours sur l’altérité domine l’air du temps et le paradigme de la différence semble occuper une place importante dans le discours du régime autoritaire de l’Azerbaïdjan, mais l’appartenance identitaire et culturelle est immédiatement mise en exergue concernant la population arménienne du Haut-Karabagh /Artsakh). Du discours « d’ouverture » en direction de l’Occident on arrive bien vite à la défense des valeurs normatives dominantes, à savoir, le racisme anti-arménien. Le multiculturalisme est une pierre angulaire de la politique extérieure de l’Azerbaïdjan, durant la guerre des 44 jours, les médias officiels et étrangers ont diffusé les témoignages de personnalités de différentes communautés arguant de la tolérance et de la volonté de faciliter le « vivre ensemble » du gouvernement Aliyev. Adoubé par l’Europe, mais confronté à de plus en plus de voix qui s’élèvent contre le blocus qui isole et affame plus de 120000 individus arméniens. Le gouvernement azerbaïdjanais utilise la culture et le mythe du multiculturalisme azerbaïdjanais comme des stéréotypes permettant de définir à l’étranger une identité collective et mettre en place un ensemble de narrations qui décrive la nation comme tolérante et ouverte. Le changement de l’image du pays passe par cette entreprise de nation branding. Il faut réussir à changer l’interprétation que se font les publics des diverses actions contre les droits fondamentaux des Arméniens, contre le droit de la guerre et contre les droits de l’homme mené par le gouvernement Aliyev. En ce sens les actions culturelles soutenues par l’Azerbaïdjan à l’étranger, comme l’insistance sur le multiculturalisme national, peuvent être comprises comme intégrant la diplomatie culturelle menée depuis des années par le pays.


Dans les discours nationalistes du président Aliyev le multiculturalisme est un outil de persuasion. On oppose le nationalisme minoritaire séparatiste des Arméniens à l’intégration multiculturaliste du gouvernement azerbaïdjanais. Mais on est en droit de douter que cette intégration soit une donnée aussi « naturelle » dans l’imaginaire social de l’Azerbaïdjan que le clame le gouvernement. Il s’agit plutôt d’une stratégie temporaire en direction des alliés et des publics occidentaux.


Ainsi, on propose à une population en danger de mort de renoncer à « sa politique de différence identitaire » pour adhérer au mythe du modèle de citoyenneté multiculturelle azerbaïdjanais. C’est faire peu de cas de l’histoire de la population arménienne de ce territoire depuis des centaines d’années : des pogroms (Soumgait et Bakou), des inégalités sociales durant tout le régime soviétique, et une volonté d’éradication culturelle qui est suivi dans les termes azerbaïdjanais ou turcs d’une menace de génocide. Passer de la haine à la proximité à l’individu arménien semble pour l’instant impossible en Azerbaïdjan. Le croire relève d’une naïveté criminelle alors que tous les paramètres montrent que l’on est plus dans l’idée d’une absorption ou d’une élimination de cette population arménienne.


Il suffit de rappeler les discours du président Aliyev contre les Arméniens ou les actions menées contre les dissidents azerbaïdjanais pour comprendre que le désir d’uniformité est le plus fort. Il est impensable de croire que l’on puisse permettre une prise de conscience positive des différences ni à l’encontre des Arméniens, ni à l’encontre des minorités azerbaïdjanaises.


Il ne s’agit pas ici d’un simple droit à la différence, mais de la survie d’une population.


Pourtant le mythe de l’unité qui s’effondre en Occident est un des arguments imposés à une population qui n’a jamais été intégrée dans la construction nationale azerbaïdjanaise. Être Arménien en Artsakh (Haut-Karabagh) n’est pas une simple identité personnelle ? Elle est aussi une identité collective car chaque individu soutient et protège une communauté sociale et politique sans laquelle l’être Arménien ne pourrait plus s’exprimer et être partagé ?

Pourquoi avons-nous si peur de la demande de reconnaissance de ce peuple arménien comme d’autres par le monde ?


Pourquoi y opposer un idéal d’universalisme bafoué en permanence, de démontrer de façon mensongère qu’il ne s’agit que d’une simple revendication identitaire en voulant y jeter la confusion et l’ambiguïté ?


On reproche à ces populations de s’opposer à la justice en voulant la fragmentation et la séparation au lieu d’un monde commun, mais les Arméniens ont une longue habitude de la reconnaissance sans justice réelle, de l’impartialité sans la reconnaissance des faits historiques et ceci est profondément injuste.


L’universalisme abstrait occidental, le refus de reconnaître aux peuples le droit de se gouverner eux-mêmes, ou la politique du double standard que l’on oppose à cette population arménienne relève d’un refus d’équité et de négation qui frappe d’autres peuples, les Kurdes ou les Palestiniens par exemple. On contourne le drame de ces populations par l’impartialité qui rend abstraite leurs souffrances ou les renvoie dans le champ de l’humanitaire.


CONCLUSION


On propose donc aux Arméniens de l’Artsakh (Haut-Karabagh) le faux-semblant d’une égalité individuelle avec les Azerbaïdjanais, mais pas collective. On renie donc toutes les dimensions sociales et politiques de cette pseudo-égalité. Il ne s’agit pas d’un groupe désincarné, anhistorique et abstrait telle que la communication azerbaïdjanaise veut le démontrer depuis plus de deux ans. L’Europe ne cesse de parler du respect de l’individu, mais cela passe par le respect de la reconnaissance de l’identité collective dont il se réclame et on est loin du compte en Azerbaïdjan avec les Arméniens du Haut-Karabagh (Artsakh).

Quelle est cette conception de la justice sans l’attention que l’on doit porter à la demande de reconnaissance de cette population ?


La population arménienne de ce territoire s’est trouvée, en permanence, exposée à des désavantages dans les échanges sociaux du fait d’une caractéristique qu’ils détiennent collectivement : être Arménien. Parler de la pluralité culturelle sans une structure de domination ne semble pas être très approprié.


Qui pourrait croire à une inclusion pacifique de la population arménienne en Azerbaïdjan ?


Il ne s’agit pas d’opposer des cultures différentes, au risque d’être pris au piège d’une opposition civilisationnelle qui intéresse plus l’Occident que les populations locales, mais de l’identité qui suscite une conscience d’appartenance qui délimite les frontières ethniques, le « eux contre nous » et qui conserve toute sa pertinence sociale et met en évidence le danger encouru par la population arménienne. La culture est là pour renforcer l’identité ethnique qui occupe une place importante dans la norme identitaire de la société azerbaïdjanaise. Contrairement aux sociétés occidentales qui refusent d’admettre que la norme identitaire reste ethnique ou raciale, l’Azerbaïdjan, comme d’autres pays, ne le dissimule en aucun cas. La population arménienne du Haut-Karabagh a toujours été vécue comme une « intruse » dans l’imaginaire national azerbaïdjanais, en reprenant ici la configuration formalisée par Norbert Elias de established/outsiders.





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