
Figures de femmes dans l'histoire et la litérature arméniennes
Du 18 au 22 mars 2026, sous le titre "Figures de femmes dans l'histoire et la litérature arméniennes", le stand arménien s’articulera autour d’un fil conducteur dédié à l’historiographie des femmes arméniennes. De la période du génocide à l’époque contemporaine, le parcours proposé interroge la place accordée aux femmes dans les récits historiques et met en lumière leur rôle fondamental, souvent relégué à l’arrière-plan des narrations dominantes. Travailleuses, militantes, enseignantes, artistes, mères, exilées ou survivantes, elles ont porté une part essentielle de l'histoire arménienne et elles ont joué un rôle essentiel dans l’histoire arménienne et dans la construction de sa contemporanéité.
Il s'agira notamment de questionner les mécanismes d’invisibilisation qui ont affecté l’écriture de l’histoire arménienne, tout en proposant une relecture attentive aux expériences, aux voix et aux contributions des femmes.
En réinscrivant ces présences féminines au cœur de l’histoire et de la période contemporaine, le stand arménien veut mettre en avant, au travers de ses invité.e.s, une démarche à la fois mémorielle, historiographique et sociologique, invitant le public à repenser les récits du passé à l’aune de celles qui en ont sont souvent absentes.
Découvrez le programme complet ci-dessous.
Programme
MERCREDI 18 MARS
14.00. Alain Navarra-Navassartian
Elisabeth Stambouli, Hasmig Chahinian
Comment la littérature de jeunesse contribue-t-elle à la construction et à la transmission de
l’identité culturelle chez les enfants arméniens de la diaspora ?
JEUDI 19 MARS
14.00. Sophie-Zoé Toulajian
Diaspora, mobilisations, génocide, Mai 68, féminisme
La communication se propose d’étudier les rapports hommes/femmes dans les mobilisations
arméniennes en France durant les « années 1968 », plusieurs décennies après l’expérience
migratoire en France, qui fait suite au génocide commis par l’Empire ottoman en 1915. Si le
féminisme, qui a une historicité en terre ottomane depuis la fin du XIX e siècle, imprègne les
Arméniennes dans l’espace public français des années 1970, elles ne l’intègrent pas dans la
défense de la question arménienne, à laquelle elles sont partie prenante. La recherche
conclut à des similitudes entre le militantisme des Arméniennes et d’autres mobilisations
contemporaines : le partage genré des tâches, le refus de le voir, mais aussi la dimension
émancipatrice du militantisme. Il montre toutefois que la violence génocidaire ayant eu une
dimension genrée, c’est sur les femmes que la reconstruction de la communauté a reposé,
aussi, les rapports entre hommes/femmes arméniens ne sont pas modelés exclusivement
sur les frontières du genré.
JEUDI 19 MARS
16.00. Alain Navarra-Navassartian
Éduquer les filles pour faire progresser la Nation
Au XIXᵉ siècle, l’idée d’éduquer les filles pour faire progresser la Nation arménienne s’inscrit
dans un contexte de renouveau national, notamment au sein de l’Empire ottoman et de
l’Empire russe. Cette période est marquée par une modernisation culturelle et intellectuelle
portée par des élites arméniennes soucieuses de préserver et renforcer l’identité collective.
Former les filles ne répond pas seulement à un idéal d’émancipation individuelle, mais à une
logique collective : la femme éduquée devient garante de la transmission de la langue, de la
religion et des traditions au sein du foyer. Cependant, cette promotion de l’éducation féminine
reste souvent inscrite dans un cadre normatif traditionnel. L’objectif n’est pas nécessairement
l’égalité politique, mais la formation de « bonnes mères », cultivées et moralement solides.
L’émancipation est pensée en fonction du service rendu à la nation. Le féminisme arménien de
cette période n’est pas séparé du contexte politique. Il se développe alors que la
communauté arménienne subit des tensions croissantes, culminant avec les massacres
hamidiens (1894–1896). Les femmes s’engagent dans des œuvres caritatives, éducatives et
parfois dans des réseaux politiques. Leur action dépasse progressivement le cadre
strictement domestique. L’émancipation est souvent pensée comme complémentaire au devoir
national.
VENDREDI 20 MARS
11.00/12.00. Alain Navarra-Navassartian
Regards des voyageuses et des artistes féminines en Orient au XIX eme siècle
Le regard féminin change -t-il le discours impérialiste normatif de l’époque ? Les voyageuses
européennes dans l'Empire ottoman (XVIIIe-XIXe siècles) ont souvent remis en question les
clichés orientalistes dominés par les hommes en fournissant des récits plus nuancés, plus
sympathiques et plus intimes de la vie ottomane, en particulier en ce qui concerne les
femmes et le harem. Alors que certaines perpétuaient des fantasmes exotiques, d'autres
offraient des observations détaillées et de première main sur la culture domestique, les
bains publics et l'autonomie relative des femmes, les considérant comme des individus
plutôt que comme des objets passifs et sexualisés. Il s’agit plus d’échanges que de réel
discours anti-hégémoniques mais elles ont laissé la place aux discours de certaines femmes
ottomanes.
13.30/14.30 : Taline Ter Minassian
Hôtel Baron, roman. Bibliomonde 2025.
Roman géopolitique, Hôtel Baron, débute et prend fin au fameux établissement d’Alep,
haut-lieu du patrimoine de la ville mais aussi de l’espionnage international. Le lecteur est
entraîné par l’intrigue sur un long périple, de l’archipel norvégien du Svalbard à l’Institut
panrusse des ressources génétiques végétales à Saint-Pétersbourg en passant par la plaine
de Hassaké, un vaste espace qui sert de théâtre à la guerre du blé. Le plus marquant est
l’approche « transversale » du roman et sa distance par rapport aux idéologies respectives
des personnages ; et le récit met en scène les interactions et les négociations entre individus
que tout oppose, bien loin de la télédomination (domination à distance), à coups de tirs de
drones. En mettant en scène une multiplicité de points de vue historiques et géopolitiques,
l’auteure montre qu’elle jouit d’une vision à 360 degrés, phénomène de plus en plus rare
dans un contexte français et européen d’appauvrissement du discours médiatique de plus en
plus hostile à la nuance.
14.30/15.30 : Astrig Atamian
Ceux de Manouchian
Une histoire des communistes arméniens en France, 1920-1990
Ceux de Manouchian : la formule évoque les résistants communistes de l’Affiche rouge qui
ont symboliquement suivi leur chef au Panthéon le 21 février 2024. Si le nom de Missak
Manouchian renvoie au sacrifice des FTP-MOI et au poème d’Aragon chanté par Ferré, il
incarne aussi un mouvement méconnu, celui des « rouges » de la diaspora arménienne. Née
au lendemain de la Première Guerre mondiale, formée de rescapés du génocide orchestré
dans l’Empire ottoman par le gouvernement jeune-turc, cette diaspora se fracture
politiquement dès sa construction. De l’Arménie historique ne subsiste qu’un résidu en
Transcaucasie. Or, ce territoire autrefois intégré à l’Empire russe est devenu soviétique après
avoir connu une éphémère indépendance entre 1918 et 1920. « Mieux vaut les Russes que
les Turcs », se rassurent les uns. « Vive l’Arménie libre et indépendante ! », clament les
autres.
15.30/16.30 : Agnes Ohanian
Celles et ceux qui restent. Familles au cœur des migrations saisonnières des Arméniens vers
la Russie.
Cette recherche doctorale explore les migrations saisonnières de travail des hommes
arméniens vers la Russie, à travers le regard des familles restées en Arménie. En portant la
focale sur le revers des migrations, elle interroge les relations entre structures familiales et
pratiques migratoires. Fondée sur de longues enquêtes ethnographiques menées en
Arménie et analysée selon une approche multiscalaire et abordant plusieurs temporalités,
cette étude tente d’inscrire ces (im)mobilités dans l’histoire complexe des rapports entre la
Russie et l’Arménie, et plus largement dans celle des trajectoires migratoires familiales
arméniennes.
16.30/17.30 : Nicolas Tatessian
Les femmes arméniennes : représentations, rôles et pouvoirs à travers les colophons de
manuscrits arméniens (1064-1375)
Cette étude propose une réflexion sur la notion de pouvoir dans les sociétés arméniennes du
Moyen Âge central, en centrant spécifiquement le regard sur les rôles et les représentations
des femmes qui ont pu, à un titre ou à un autre, participer aux dispositifs organisant la vie de
leur communauté. L'idée est d'appréhender de manière large la notion de pouvoir, non
simplement comme le seul fait de la domination de l'aristocratie dynastique, mais comme
une nécessité produite par l'existence même de la société arménienne, à un moment donné
de son histoire. On considère ici que la période qui s'étend entre 1064 et 1375 est celle
d'une transformation majeure de la société arménienne médiévale, qui voit parallèlement
s'effacer en son sein la domination de l'aristocratie dynastique et éclore comme jamais la
culture lettrée en arménien. Moins il y a d'Arménie sur nos cartes, plus il y a d'Arméniennes
et d'Arméniens dans nos sources. C'est aussi ce paradoxe apparent que nous interrogeons ici
en suivant la présence et le parcours des femmes que nous pouvons repérer dans les
colophons.
17.30/18.30 : Yahia Belaskri
N’oublie pas notre Arménie
Roman
Maritsa est médecin. En 1909, elle arrive de Constantinople pour une mission humanitaire
dans la région et la voilà hébergée par des sœurs dans un monastère d’Adana. Maritsa les
yeux bleus, la surnomment-elles. À la messe du soir, c’est le père Burak qui assure l’office.
Plus tard – bien plus tard – il lui dira que ses yeux bleus sont comme un poème.
Leur périple va les mener de citadelle en citadelle. Depuis Adana, où sont perpétués les
massacres précurseurs du génocide des Arméniens, vers Alep, puis en caravane jusqu’à
Samarcande, ils vont toujours plus loin vers l’est. Ils fuient un empire ottoman qui ne veut
plus d’eux, tentant partout où ils passent d’aider, soulager, secourir ceux dont ils croisent la
destinée. De cet exil sans fin Maritsa consigne le récit dans ses carnets, n’oubliant jamais les
siens, n’oubliant jamais d’où elle vient.
Un magnifique chant d’amour au peuple arménien.
SAMEDI 21 MARS
11.00/12.00 : Alain Navarra-Navassartian
La Désenchantée : Impressions françaises d'une voyageuse ottomane. Zeyneb Hanoum
Fille du ministre des Affaires étrangères du sultan ottoman Abdülhamid II, Zeyneb Hanoum
rencontre Pierre Loti en 1904 à Istanbul et part à Paris en 1906 avec sa sœur. Elle participe à
la vie mondaine et intellectuelle de la capitale, observant avec humour les stéréotypes
orientalistes qui la désignent ainsi que les conditions respectives des femmes turques et
européennes. Mais le désir de libertés et d’opportunités de Hanoum l’ont amené à ignorer
les stéréotypes français sur les femmes turque.
13.30/14.30 : Sevan Ananian
Alfortville, un village arménien, années 1920-1930.
Spécialiste de l’implantation des Arméniens dans une ville emblématique de la ceinture
rouge de Paris, Alfortville, il nous présentera l’implantation et l’intégration de la première
génération d’Arméniens installés à Alfortville, les parcours migratoires, l’installation et les
modalités de formation de la communauté, le travail dans les usines ou dans les ateliers de
confection et le rôle des femmes et leurs parcours au travers d’exemple de parcours
individuels des exemples de parcours individuels.
14.30/15.30 : Corinne Zarzavatdjian
La roseraie de Garabed, un destin arménien : une fresque historique. Roman
La roseraie de Garabed, de Corinne Zarzavatdjian, est la suite de Rose de Diarbékir, couronné
du prix Pierre-Benoît en 2024. Dans ce nouveau récit, l'autrice explore la persistance de
l'espoir arménien et la résilience d'une communauté reconstruisant sa vie en France après le
génocide. Le roman fait voyager le lecteur entre Paris et Constantinople, en nous offrant une
belle fresque historique, où les personnages cherchent à s'affirmer dans une société
marquée par les souvenirs de l'exil.
15.30/16.30 : Grégoire Jakhian
Le génocide des Arméniens de 1915, Pour une sortie de minorité
« Depuis 1915, la diaspora arménienne s’est murée dans un statut de minorité, en
s’interdisant de penser contre la doxa communément admise dans le traitement de l’après-
génocide. Ce vide imposé à la pensée a précipité la diaspora dans trois fictions (les Arméniens
de 2025 sont encore des victimes, justice peut encore être faite et, enfin, les Arméniens vivent
dans l’unité de leur nation). L’État arménien et l’Église arménienne évoluent aussi dans
ce monde virtuel.
Ces fictions prégnantes ont toutefois des effets bien réels : la citoyenneté des membres de la
diaspora est minorée, la diaspora s’arroge un droit d’immixtion dans les affaires de l’État
arménien, le Turc est essentialisé et diabolisé, l’histoire se substitue au droit et à la réalité
géostratégique, la mémoire est instrumentalisée au détriment du devoir d’histoire alors que
la demande du pardon turc reste indûment attendue ».
16.30/17.30 : Houry Varjabedian
Femmes, écrivaines et résistantes : Gulizar, Zabel, Vartoui, Anahide…..
À toutes les époques, dans toutes les civilisations, aux quatre coins du monde, nombreuses
sont les femmes, célèbres ou anonymes qui ont bravé les règles, les préjugés, les normes
sociales, les stéréotypes pour faire bouger les lignes, il en va de même pour les femmes
arméniennes. Que leur engagement ait lieu dans un régime démocratique ou autoritaire,
dans un contexte, de paix ou de conflit, en situation d’exil ou d’occupation, il est pluriforme.
Ainsi, au cœur des pratiques culturelles et intellectuelles, le thème de l’engagement féminin
sera envisagé en tant qu’il développe des constructions narratives, des règles, un imaginaire,
un langage, des représentations propres. C’est à ce Tour d’horizon des écrivaines
arméniennes, des voix singulières entre mémoire, exil et modernité que nous convie Houri
Varjabedian.
17.30/18.30 : Astrid Artin Loussikian
L’association ARAM collecte, archive et sauvegarde les documents, les livres, les cartes, les
papiers, les témoignages, les photographies et globalement tous les éléments relatifs à
l’Arménie, aux Arméniens avant le génocide de 1915 et les premiers massacres ottomans en
1895 et 1909, au génocide des Arméniens perpétré par le Gouvernement « Jeunes Turcs » à
partir de 1915, à l’histoire et la culture de la diaspora arménienne formée après le Génocide,
dans la diaspora et notamment en France et en Europe. L’objectif de l’association ARAM est
de sauvegarder et valoriser le maximum de documents contenus dans son fonds
documentaire afin de permettre au plus grand nombre, de les consulter, en particulier à
travers les outils numériques. Elle nous fera découvrir notamment les travailleuses de la
société tapis France-Orient qui employait des réfugiées arméniennes et qui utilisa leurs
compétences ancestrales.
DIMANCHE 22 MARS
11.00/12.00 : Alain Navarra-Navassartian
Mariam Shahinyan, la première femme photographe professionnelle en Turquie
Dans les années 1850, les studios photos arméniens sont installés dans la rue Pera
l’artère la plus occidentale de Constantinople. Ils connaissent un grand essor (plus de
150 installés entre 1850 et 1880) A côté de ceux-ci, le seul qui soit dirigé par une femme
est celui de Maryam Shahinyan ( 1911.1996) le foto Galatassaray, acheté par son père en
1933.
Première femme photographe à se consacrer au plan professionnel à cette activité en
Turquie, sa clientèle est essentiellement féminine. Celle qu’on appelait “ La
photographe des femmes ”, et dont on possède peu de portraits, passa sa vie derrière
l’appareil photo. Elle laisse derrière elle un des rares fonds d’archives privées
lorsqu’elle décède en 1996.
13.30/14.30 : Pierre Tevanian
Soyons Woke plaidoyer pour les bons sentiments. Essai
Au spectre du "wokisme" qu'agitent de manière obsessionnelle les sphères de la réaction,
qu'elles soient d'extrême droite ou "républicaines", ce livre se propose d'accorder une
franche et chaleureuse hospitalité. En plus d'un implacable travail de critique et de
généalogie du réquisitoire antiwoke, il prend le parti d'assumer franchement le stigmate et
de le revendiquer. Au-delà d'une posture défensive, faisant valoir à juste titre que "le
wokisme" n'existe pas en tant que courant homogène, puissant et organisé, Pierre Tevanian
(philosophe, essayiste et militant) investit en positif la question, en clamant haut et fort que
si le wokisme n'existe pas, alors il faut l'inventer.
14.30/15.30 : Patrice Djololian
Le Dr Patrice Djololian nous présentera son livre, ‘Survivre et Renaître ». Cet ouvrage, illustré
d’une riche iconographie issue principalement des archives du studio Arax, décrit la vie des
parents de l’auteur dans l’Empire ottoman, avant, pendant et après le génocide des
Arméniens de 1915. Il apporte un témoignage sur leur installation en diaspora et
notamment en France et dépeint leur complète intégration dans le pays qui les accueille
sans pour autant sacrifier leur identité arménienne.
15.30/16.30 : Anna Barseghian
Née en Arménie et vivant à Genève depuis 1999. Artiste plasticienne, curatrice et femme
engagée dans la lutte contre les discriminations qui porte une réflexion artistique et
politique sur « La crise environnementale actuelle exige à reconsidérer nos interactions
avec l’environnement, nos structures politiques, notre tissu social, nos avancées
techniques, nos états mentaux et nos expressions culturelles. » De la création
d’Utopiana à sa dernière exposition à la maison Tavel qui rassemblait les travaux d’artistes
femmes d’origines migratoires diverses, de première et de deuxième génération vivant et
travaillant, pour la plupart, en Suisse romande.
Plus d'informations sur les intervenant.e.s.
